A chaud !
archives
 
juillet 2008
juin 2008
mai 2008
avril 2008
mars 2008
fev 2008
sept 2007
à decouvrir
Les articles en consultations
Vos réactions
Les Rendez-vous
Nos abonnements
Les collaborateurs du Meilleur des Mondes
à la une
barack obama, le nouveau visage de washington
Barthélémy Courmont
primaires usa: bush en campagne
B. Courmont

encore un siècle de puissance américaine
Bruno Tertrais

le meilleur des mondes n°8 ! *été 2008

 


USA: McCAIN, L’HOMME QUI
« NE SE REND JAMAIS »

______________________________ SOPHIE DE BELLEMANIÈRe ______________________________

Elle couvre la campagne de John McCain pour de nombreuses publications françaises et espagnoles (Politique internationale, Valeurs actuelles, Le
Journal du Dimanche, La Ilustración Liberal, ABC…)

Comme Nicolas Sarkozy l’an dernier en France, le républicain John McCain espère mener à la victoire le
parti sortant en se démarquant d’un président usé et impopulaire. Il a bénéficié jusqu’à présent des divisions
créées chez les démocrates par une interminable campagne des primaires.Mais il devra surmonter le handicap de l’âge et celui de l’aspiration au changement des électeurs américains.
puce Réagir à cet article / puce Voir les réactions / puce Revenir au sommaire

REVUE LE MEILLEUR DES MONDES N°8 SOPHIE DE BELLEMANIERE USA MCCAIN L HOMME QUI NE SE REND JAMAIS MDM EXCLUJohn McCain est un héros de guerre. Sa devise, « Never surrender1 », sera plus que jamais applicable s’il veut réussir le tour de force de remporter un troisième mandat pour les républicains à la Maison-Blanche. Selon l’American Research Group, seuls 22 % des Américains approuvent l’action de leur président2. La grande majorité des membres du parti républicain reste très attachée au triptyque reaganien : politique étrangère ambitieuse, onservatisme social et libéralisme économique marqué par le moins d’État. Or, George W. Bush a déçu dans les trois domaines.
Comme le dit son ancien speechwriter David Frum à propos de sa politique étrangère, « George W. Bush a eu les bons instincts, mais les mauvaises méthodes ». Auteur de The Right Man en 2002, David Frum avait de prime abord été séduit par le président, attendant de lui qu’il rétablisse la grandeur de l’Amérique sur la scène internationale. Aujourd’hui, il fait partie des quelques républicains qui évoquent clairement et publiquement l’échec de la présidence Bush. Sur son blog de la fameuse revue new-yorkaise The National Review3, David Frum décrit l’administration Bush comme « épuisée, abattue, passive, prématurément sénile4 ». Comme beaucoup au parti républicain, il est frustré et exaspéré de voir la Maison-Blanche baisser les bras devant une occasion parfaite de justifier sa guerre en Irak : le 12 mars 2008, 600 000 documents du régime de Saddam Hussein ont été rendus publics. Ils dévoilent les liens du dictateur irakien avec le numéro deux
d’al-Qaïda, al-Zawahiri, et prouvent que des combattants du djihad palestinien venaient s’entraîner en Irak. Pourtant l’administration Bush ne dit rien. On dirait qu’elle a perdu espoir et essaie juste de se faire oublier et de soustraire aux médias une occasion de parler de la guerre. Ce sont les raisons pour lesquelles John McCain s’attelle à la tâche délicate
de prendre ses distances avec George W. Bush, sans pour autant se désolidariser de la base du parti qui lui reste fidèle.


DESTINS LIÉS Pour la première fois, après avoir déambulé dans une rue aux maisons délabrées à La Nouvelle- Orléans, au coeur d’une tournée dans les États les plus pauvres du pays, John McCain a exprimé une franche critique du président sortant : « L’échec de George W. Bush dans sa gestion de l’après-Katrina vient du fait que certains membres de son
administration étaient inexpérimentés. Si je suis élu, cela ne se reproduira jamais. » Ces mots durs n’ont été prononcés qu’une fois la phase des élections primaires terminée, car John McCain n’aurait pas voulu froisser les 67 % d’électeurs
républicains qui continuent d’apprécier George W. Bush. En effet, les candidats républicains qui se démarquaient de la politique du président et le critiquaient trop ouvertement, comme l’isolationniste Ron Paul, ont quitté la course très rapidement. Maintenant qu’il est sur la rampe de lancement, John McCain pourrait continuer de parsemer sa campagne de critiques de la présidence Bush, afin d’élargir son électorat. Cependant, le parti républicain reste discipliné, et beaucoup en son sein doutent de l’efficacité d’une telle stratégie. Jeffrey Bell, lobbyiste chrétien influent à Washington DC, met en garde le candidat : « Il serait absolument contre-productif de s’appesantir publiquement sur les échecs de la présidence Bush. John McCain ne doit parler que du futur à ses électeurs s’il veut gagner. » Pourtant, afficher davantage de scepticisme à
l’égard de la politique de Bush semble absolument nécessaire, car s’il y a bien une pancarte que les opposants de John McCain brandissent à l’entrée de chaque meeting, et même dans l’État conservateur du New Hampshire, c’est celle qui
dit : « Bush-McCain, more of the same. »

Les destins de George W. Bush et John McCain sont liés par la guerre en Irak. Si l’Amérique parvient à stabiliser la situation en Irak, le bilan de George W. Bush sera réévalué et si les progrès de la nouvelle stratégie mise en place par le général Petraeus au mois de juin 2007 se confirment, John McCain gagnera la confiance des électeurs plus facilement. La guerre en Irak empoisonne la vie politique américaine depuis cinq ans, mais les républicains auront cruellement besoin d’elle pour gagner cette élection présidentielle. Car leur parti est celui de la sécurité nationale et du patriotisme. Selon un sondage du think tank conservateur The American Enterprise Institute, 71 % des électeurs républicains s’estiment extrêmement fiers d’être américains, contre 54 % chez les démocrates5. En tant que partisan de longue date du « surge »,
c’est-à-dire de l’envoi de renforts en Irak, John McCain voit son succès à l’élection présidentielle soumis à celui des soldats américains. Son image est intimement liée à celle de l’armée car son statut de héros de guerre est visible jusque dans sa
démarche, qui sera à jamais celle d’un robot à cause des cinq ans et demi passés dans une geôle comme prisonnier de guerre au Vietnam, au cours desquels tous ses membres ont été brisés à plusieurs reprises. L’indestructible McCain a assis son succès aux primaires sur celui du surge, il gagnera l’élection générale si la tendance se poursuit.

TOUJOURS MOINS D’IMPÔTS Pour le reste, il ne sera pas facile de persuader ses électeurs qu’il ne les décevra pas. Car,comme George W. Bush, il place la barre très haut. Tant en matière de promotion de la démocratie à travers le monde que de réduction des inégalités à l’intérieur du pays, notamment dans l’éducation, son programme risque de coûter cher au pays et de battre en brèche le principe reaganien du moins d’État. Comme celle de George W. Bush, la politique économique de John McCain a quelque chose de moraliste : il considère qu’il est mauvais que le gouvernement prenne l’argent du contribuable. Il présente même les tax cuts, ou réductions d’impôts, comme l’assise de son conservatisme et rabâche à chaque meeting, notamment dans les États pauvres du Sud, que les dépenses de l’État américain sont la cause première de son déficit. Revenir sur les réductions d’impôts de George W. Bush serait donc inutile. Mais comment John McCain comptet- il réduire les dépenses de l’État tout en restant en Irak « cent ans s’il le faut » ? John McCain répond : « Si je suis élu, je ferai en sorte que l’État en finisse avec nombre de dépenses inutiles. Par exemple, nous cesserons de construire des ponts vers des îlots inhabités en Alaska qui coûtent des millions de dollars. Nous arrêterons aussi d’allouer des crédits, comme c’est le cas depuis des années, à la recherche sur l’ADN des ours du Montana. » Son auditoire éclate de rire et c’est la fin du meeting. Le morceau Johnny Be Good retentit. Plus tard, lors d’une conférence de presse improvisée à l’arrière de son avion, John McCain offre une réponse plus complète : « Je supprimerai les earmarks bills6 et je diminuerai les coûts de notre système de santé en réduisant les remboursements des prescriptions des citoyens les plus riches. Je ne veux plus que les classes moyennes participent au remboursement de mes médicaments ! »
PRINCIPES MORAUX Mais plus que leur passion pour les réductions d’impôts, ce qui unit le président Bush et John McCain est leur idéalisme. Cela les distingue tous les deux du conservatisme classique. Un ancien collaborateur et admirateur inconditionnel du président, Michael Gerson, a récemment intitulé ses Mémoires de sept ans de Maison-Blanche avec Bush Heroïc Conservatism. John McCain, lui, ne se définit pas comme un conservateur héroïque, mais plutôt
comme un « réaliste pragmatique et idéaliste ». Cette originalité pose quelques problèmes au candidat au sein même de son parti dont l’aile dure lui reproche de ne pas être un vrai conservateur. Le jour où Mitt Romney, son plus sérieux rival pendant les primaires, a abandonné la course, devant un public de conservateurs américains, lors de la CPAC7,
John McCain a été accueilli par des huées et des sifflets. Certains « paléoconservateurs » le surnomment « Juan McCain » pour railler son approbation du projet de loi de George W. Bush sur la régularisation des immigrants illégaux. Téméraire
et têtu, le sénateur d’Arizona continue de justifier la position qui a failli lui coûter son investiture par le parti républicain sur un ton moralisateur et idéaliste qui rappelle celui du président Bush : « These people are also God’s children8 ! » Le fils de Ronald Reagan, Michael Reagan, n’a pas hésité à qualifier cette opinion de John McCain sur l’immigration d’« anticonservatrice » dans l’hebdomadaire de droite Human Events. Mais il n’est pas le plus acerbe. Deux
figures charismatiques du journalisme conservateur américain ont été particulièrement dures avec le candidat républicain : Ann Coulter, la « polémiste » conservatrice et auteur de nombreux best-sellers, est allée jusqu’à déclarer sur Fox News qu’elle aimerait mieux devenir une Hillary girl plutôt que de voter pour John McCain9. Et le célèbre chroniqueur de radio conservateur Rush Limbaugh est allé encore plus loin en accusant John McCain de « menacer le mode de vie américain tel que nous le connaissons aujourd’hui ». Cependant, le héros de guerre a résisté à ces attaques. Il s’est même plutôt
bien sorti de ces tentatives de sabordage : un sondage CBS montre que 80 % des républicains sont satisfaits d’avoir John McCain comme candidat. Bush s’est converti au conservatisme idéaliste pendant les heures qui ont suivi le 11-Septembre. John McCain prétend, lui, avoir mené une vie entière guidée par des principes moraux. Cela lui a même valu l’appellation
de maverick. 

______________________________ NOTES

1. « Ne jamais se rendre. »
2. http://americainresearchgroup.com/economy/.
3. Revue bimensuelle d’opinion fondée en 1955 par William Buckley, récemment disparu et considéré comme le père du conservatisme américain. Elle compte parmi ses contributeurs les plus grands éditorialistes de la droite américaine : Charles Krauthammer, Michael Novak, John O’Sullivan, John Podhoretz, Michael Leeden, David Frum…
4. http://frum.nationalreview.com/

5. Karlyn Bowman, « Polls on Patriotism and Military Service », AEI Studies in Public Opinion, juillet 2007. http://www.aei.org/publications/ pubID.14889/pub_detail.asp.
6. Lois passées par le Congrès qui attribuent des fonds publics à des entités privées sans contrôle du pouvoir exécutif.
7. La Conservative Political Action Conference (CPAC) réunit annuellement les conservateurs américains. Elle s’est tenue
cette année du 7 au 10 février à Washington DC.
8. « Ces gens sont aussi les enfants de Dieu ! »
9. http://www.foxnews.com/story/0,2933,327605,00.html.

 

 

Lire aussi sur le même sujet l'article de Barthélémy Courmont

Contact _____________________________________ Crédit __________________________________ Abonnement